Interview : Jacques Kraemer pour le spectacle Agnès 68 (1/2)
Jaques Kraemer met à l’affiche du Studio des Epars une création Agnès 68 jusqu’à la fin du mois et qui rend hommage à sa façon au 40ème anniversaire de ce mois de Mai 68 qui a fait bouger la société…
Maitre Renard : Comment est né le projet de cette pièce que vous avez signée et mise en scène?
Jacques Kraemer: Il est né il y a déjà un an et demi. J’ai eu un déclic à Marseille avec l’Ecole des Femmes de Molière. Je me suis dit qu’il était déjà question de l’opression de la jeunesse et des femmes. En mai 68, c’était aussi cela. Quarante ans après, la question n’est-elle pas d’actualité? Le classique fait réfléchir à toutes ces idées: le communisme, le gauchisme, la révolution, le théâtre et sa fonction, l’Histoire…
M. R. : Voilà donc pourquoi il est question dans la pièce d’une troupe théâtrale qui part en tournée en 1968 dans le Sud-Ouest de la France pour y jouer cette fameuse Ecole des Femmes de Molière… L’acteur/ metteur en scène , admirateur de Brecht, Jouvet et Vilar, communiste, incarne Adolphe et il est amoureux de Lili, la jeune actrice qui interprète Agnès. Et vous, que faisiez-vous en mai 68?
J.K. : A l’époque , je dirigeais le Théâtre Populaire de Lorraine que j’avais fondé 5 ans plus tôt. Nous tournions dans la région une pièce de Corneille, le Menteur. J’avais 30 ans. J’étais très engagé politiquement , communiste militant. J’ai participé au Printemps de Prague avec passion. Metteur en scène et chef de troupe, j’ai vécu ces événements en province. Nous nous sommes associés à la grève générale et avons suspendu notre tournée . la troupe a alors donné des représentations de montages d’actualité et de soutien aux luttes dans les usines occupées par des travailleurs.
M.R. : Vous avez donc transposé votre propre expéreince et votre propre vision dans cette pièce ?
J.K. : Tout à fait. Disons que j’ai inventé librement à partir de mon vécu de l’époque. Aujourd’hui, j’ai un point de vue forcément plus adulte mais j’ai ressenti avant tout 68 comme une libération de la parole et des moeurs. Cela m’a aussi touché personnellement , notamment les rencontres avec les ouvriers des usines sidérurgiques. J’ai participé à l’écriture du Manifeste de Villeurbanne avec des gens comme Patrice Chéreau ou Ariane Mouchkine qui est un des fondements de la réflexion sur le théâtre populaire, l’art et le public …
M.R.: Et il dit quoi ce Manifeste de Villeurbanne?
J.K. : Il définit le concept de “non public”, cherchant à démontrer qu’il n’y a pas un public comme une entité unique, figée. Le public est mouvant, divers et le but reste de tenter de l’élargir. Ce concept garde toute sa pertinence aujourd’hui et l’on sait qu’il n’y a pas de solution, de recette miracle.
Pour plus de renseignements sur les représentations d’Agnès 68, tél au 02 37 28 28 20. Le Studio des Epars est situé à Chartres au 6, place des Epars.
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