Interview de Jacques Kraemer pour le spectacle Agnès 68 (2/2)
Maitre-Renard: Comment avez-vous travaillé pour écrire cette pièce ?
Jacques Kraemer : Je suis parti de mes souvenirs, de ma vision et de ma perception de l’époque. C’est d’ailleurs en 68 que j’ai aussi écrit ma première pièce de théâtre “Splendeur et misère de Minette la bonne Lorraine” (éd. du Seuil). Je me suis servi aussi de mon agenda, d’un vrai faux journal privé où je consignais tout . Je l’ai relu ainsi qu’une bonne quarantaine de bouquins écrits sur cette époque.
M.R. : Et cela a-t-il changé votre vision des choses ?
J. K : Ce qui est sûr, c’est que c’est un phénomène complexe qu’il faut bien resitué dans un contexte mondial. Il y a eu, comme toujours, des choses formidables et des dérives. Mais la vision de Sarkosy sur 68 , pour ne citer que lui, témoigne soit de son ignorance soit d’une mauvaise foi polémique. Il ne faut pas être machichéïste. avec le recul, on peut dire que le président Pompidou n’a pas été mal à cette époque et même Chirac jeune.
M.R.: Et votre engagement politique a évolué ?
J.K. : J’ai quitté le Parti Communiste dix ans plus tard, notamment grâce aux analyses des dissidents. J’ai remis en cause mon engagement mais je n’ai pas renié mes idéaux de jeunesse. Je conçois notamment toujours le théâtre comme un art à faire parvenir à un public élargi et le problème se pose pour tous les arts. Depuis Jean Vilar, la difficulté, parfois cruelle, est la même: rendre l’art populaire. Je milite pour un art plus populaire mais pas qui n’ abaisse pas l’art, pas sa qualité, son exigence.
M.R. : Et comment a évolué l’engagement des pouvoirs publics , alors que le problème, entre autres, des intermittents du spectacle reste entier ou presque?
J.K. : Là encore les choses ont peu évolué. Malgré les bonnes volontés comme André Malraux à l’époque pour créer un Ministère de la Culture, du côté du pouvoir local et national, on navigue toujours entre dénégations, inconscience ou cynisme. Je suis taxé moi-même d’”élitisme” alors que je milite, au contraire, pour que l’art théâtral reste un art véritablement et pleinement créatif, ce qui implique aussi une mission de formation auprès des jeunes. Les pouvoirs publics sont malheureusement trop souvent représentés par des espèces de gougnafiers pour qui les arts et la culture ne sont pas une priorité.
Les représentations d’Agnès 68 ont lieu jusqu’au 31 mai à 20h30 au Studio du 6 Place des Epars. Réservations au 02 37 28 28 20 (tarifs: 12 et 8 euros)
Pièce signée Jacques Kraemer avec mise en scène de l’auteur assisté de Jean-Philippe Lucas Rubio. Scénographie de Sarah Lefèvre. Les acteurs: Philippe Canales, Marion Lubat et Simon-Pierre Ramon.
La Compagnie est conventionnée par le Ministère de la Culture (DRAC Centre), la Région Centre et le Département d’Eure-et-Loir.
Tags:actualité, Chartres, Interview, Théâtre
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